Pierre Charles habite la Ville-Jeanne et il est tombé en affection pour le vieux lavoir à l’abandon. Les habitants de ce village sont connus des élus pour avoir été vigilants face à l’installation clandestine d’une casse automobile dans une zone d’habitations, et permis, il y a quelques années, que cette entreprise illégale soit obligée de partir.

          Il y a deux ans de nouveaux «envahisseurs indésirables» font leur apparition dans le village. Les ragondins ont raviné les berges de l’ancien lavoir communal. Déraciné, un gros chêne est tombé lors d’une tempête, effondrant le bassin,  arrachant les dalles sur lesquelles autrefois les femmes lavaient le linge, et obstruant le filet d’eau de la source. Rien d’important direz-vous au jour des machines à laver lorsqu’il suffit de tourner un robinet pour avoir de l’eau ? «Les caleçons seront bien mieux lavés que dans le lavoir» !

          A bien y regarder et à réfléchir un tant soit peu sur ce qui se dit du climat qui change, de l’eau qui devient rare, des animaux qui disparaissent, etc. les voisins ont voulu conserver le témoignage de la vie passée de leurs familles. Ils ont pris l’initiative de remettre en état cette parcelle communale, oubliée et envahie de ronces, avec tous les bras disponibles et l’accord de la mairie. Dans un premier temps les ragondins ont été piégés par les membres de l’Association de Chasse de Tréal, la source a été dégagée de tout ce qui empêchait son écoulement régulier, et le chêne débité. L’eau coule de nouveau et de façon permanente, elle est la résurgence d’une veine venant de plus haut, à l’entrée du bourg.

          A la suite la remise en valeur du site a commencé, délicatement pour garder à cet écosystème son charme caché et fragile. Avec des pelles et des pioches, le bassin a été recreusé jusqu’à sa profondeur d’origine, les lourds palis de schiste gris ont été remis en place tout autour. La retenue d’eau pour maintenir le niveau permanent et le déversoir ont été reconstruits. Même en cette période d’un été très sec l’eau s’écoule régulièrement et alimente un petit «ruisseau permanent», sous les noisetiers dégagés d’une broussaille envahissante. De l’eau vive, un sous-bois plus ensoleillé formant une zone humide ouverte, et c’est devenu un refuge pour plusieurs espèces de petits batraciens et d’oiseaux, en quête de fraîcheur ou d’un gite protecteur.

          L’eau chante à nouveau en cet endroit, pas celle d’un marigot croupissant et pestilentiel propice aux miasmes ! Mais s’écoulant librement plus bas vers l’étang du Moulin, là où les propriétaires riverains ont également accompli un gros travail de nettoyage et de remise en valeur, à la suite de dégâts causés par les tempêtes.  Cet étang alimente à son tour le ruisseau l’Ardennes qui rejoint le Rahun, les deux seuls cours d’eau d’importance de la commune.

          Avec le travail des habitants de la Ville-Jeanne, l’idée de Pierre a sans aucun doute permis qu’un ruisseau ne disparaisse et soit rayé des cartes. Cet endroit sera classé dans un an, car il doit être protégé si cette action permet le retour des grenouilles. Une initiative citoyenne qui montre … si certains en doutaient … l’intérêt des habitants pour leur patrimoine et la qualité de leur environnement.